"Hériter ou mériter ?"

Une approche transdisciplinaire en sciences sociales

Mathias Abitbol, Mohamed Yacine Chitour, Océane Mascaro

 

Séance 1 : “Le mérite : quelle place entre liberté et déterminisme ?” par Océane Mascaro. 4/02/21

 

La notion même de mérite s’appuie sur la possibilité d’une responsabilité individuelle, qui présuppose une certaine liberté. Comment définir cette liberté ? Quelle intervention des mécanismes annexes, qu’ils déterminent positivement ou négativement l’action ? A quoi jauger le mérite ? Il s’agira aussi de se pencher sur les usages du mérite, et de faire la généalogie de la morale dont ce concept permet l’essor, dans une relation toujours ambiguë au déterminisme. Interviendront ainsi Aristote, Saint Augustin, Nietzsche… Alors que cette responsabilité individuelle est théorisée très tôt, elle est surtout dénoncée au moment de la Révolution Française. L’on se penchera donc également sur la pensée de l’héritage, réhabilité et érigé en ciment social par les penseurs contre-révolutionnaires.

 

Séance 2 : “Le mérite : facteur d’explication, principe de justification. La méritocratie et son histoire.” par Mohamed Yacine Chitour. 18/02/21

 

Lorsque Michael Young, homme politique et sociologue britannique utilise, le premier, le terme de “méritocratie”, il entend décrire un projet de société dystopique. La méritocratie est aujourd’hui une notion plus consensuelle, mais pas moins problématique. Il s’agira dans cette séance d’établir, à travers une histoire de ce concept, le statut des discours en appelant au mérite au sein des sociétés contemporaines, de la “société des émules” de la Troisième République à la plus récente “égalité des chances”. 

 

Séance 3 : “Le mérite scolaire : quelle critique après Bourdieu ?” par Mohamed Yacine Chitour. 4/03/21

 

La pensée bourdieusienne a longtemps structuré la critique du mérite scolaire. Parce qu’elle met au jour les mécanismes de reproduction sociale, elle montre que l’école transforme “ceux qui héritent” en “ceux qui méritent”. Depuis, la littérature sociologique a quelque peu amendé, et complété l’analyse de la façon dont le mérite est mobilisé en contexte scolaire. En relisant les travaux de sociologues comme François Dubet, Marie Duru-Bellat ou Stéphane Beaud, on s’interrogera dans cette séance sur la mobilisation, la diffusion et l’appropriation des discours méritocratiques à l’école.

 

Séance 4  : “L’héritage, une affaire de famille ?” par Mathias Abitbol. 18/03/21

 

Les droits de succession sont aujourd’hui l’un des impôts les plus impopulaires en France et plus largement dans la plupart des pays occidentaux, rencontrant une hostilité quasiment générale ; serait en jeu la “défense de la famille”, la lutte contre la double taxation... Pourtant, depuis la Révolution française, l’héritage est pensé comme une source majeure d’inégalités, et de nombreuses pistes ont été pensées pour le limiter. Régulièrement invoqué aujourd’hui comme une réponse “multi-solidaire” (A.Masson) au déclin de l’Etat-providence, il s’agit de faire le point sur son importance encore disputée dans la constitution et la reproduction des inégalités, ainsi que de discuter de ses mutations liées à l’allongement de l’espérance de vie.

 

Séance 5 : “Le capitalisme d’héritiers, point de rupture du capitalisme avec la pensée libérale” par Mathias Abitbol. 8/04/21

 

Contrairement à une idée reçue, la volonté d’exonérer l’héritage s’inscrit dans une idéologie familialiste conservatrice, plutôt que libérale. La tradition libérale depuis Locke exprime une certaine méfiance vis-à-vis de l’héritage, qui est source de concentration et de trusts. Avec Thomas Philippon (Le Capitalisme d’héritiers. La Crise française du travail, Seuil, 2007), nous questionnerons les conséquences de la prédominance des entreprises familiales et des entreprises publiques, qui promeuvent une “caste auto-reproduite” (T.Philippon) sur les performances des entreprises et les rapports sociaux en France.

 

Séance 6 : “Héritage ou appel au mérite : les deux faces du Capital.” par Océane Mascaro. 22/04/21

 

Même si les deux notions interviennent peu dans la pensée marxienne, les débats subséquents sur l’interprétation de la pensée de la classe sociale chez Marx montrent toute l’ambiguïté du rapport entre matérialisme historique et mérite individuel. L’on se penchera sur les pensées qui renvoient dos à dos ces deux systèmes de justification, notamment dans leur incompatibilité avec les conditions matérielles d’existence du prolétariat. Les utopies offrent alors un terrain propice à la réflexion sur les modes alternatifs d’organisation sociale, et la possibilité d’une sociodicée s’émancipant de cette dichotomie.